Virginie Limbourg

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« Bienvenue en Guinée, ici la pluie n’empêche pas les rendez-vous ». Ainsi commence mon reportage sur les mutilations génitales féminines (FMG) en compagnie de l’association Femmes Africaines. Ce projet m’emmène dans les villages à la rencontre de femmes et d’enfants victimes de cette tradition très ancrée dans cette région. A la rencontre de fillettes qui ne comprennent pas le rituel de passage qu’elles viennent de subir. Elles savent seulement qu’elles sont désormais semblables à leurs ainées: pures, respectables, prêtes à être mariées. A la rencontre d’anciennes exciseuses: elles s’excusent et d’un geste pudique remontent leur voile pour couvrir leur honte. Elles ont pris l’engagement de «déposer les couteaux» et se sont reconverties dans un autre métier. A la rencontre d’exciseuses actives: peu instruites, mal informées sur les conséquences néfastes de leur pratique, elles exercent en toute illégalité et en toute impunité. A la rencontre des sages-femmes: elles tentent de limiter la mortalité infantile et maternelle lors des accouchements, conséquences des FMG. Conseillères et confidentes des femmes, elles sont des relais puissants dans la lutte contre les mutilations. Eradiquer cette pratique est une ambition à long terme. La démarche est fastidieuse et souvent décourageante. Il ne s’agit pas d’imposer mais d’informer et de convaincre pour permettre aux communautés locales de prendre des décisions par elles-mêmes, et d’abandonner les pratiques nocives pour leur santé, leurs droits humains et leur avenir.

© Virginie Limbourg. Textes et photos. Tous droits réservés.

 

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Déscolarisée et mariée de force à l’âge de 13 ans, la jeune femme a accouché d’un petit garçon l’année suivante.  « Le jour de mon mariage j’ai tellement pleuré que je ne peux pas te l’expliquer… J’ai perdu ma dignité. » Son excision, elle ne s’en souvient pas, elle avait à peine deux ans.

 

 

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NImse5« Nimse… regrets… C’est le mot qui me hante quand je pense à mon ancien métier d’exciseuse. J’ai excisé un groupe de 7 filles dans cette maison. L’une d’elle en est morte. C’est ce qui m’a motivé à arrêter. L’excision, c’est pas bon pour les filles. Je l’ai fait pendant plus de 20 ans. Je regrette. » Une exciseuse reconvertie en teinturière.

 

 

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Nimse7« Les jeunes  disent que l’excision est dangereuse pour la santé des femmes. Je suis vieille et j’ai le droit de mettre en doute leurs idées… Mais au fond  je ne suis pas certaine …C’est peut-être bien un péché. Je vais déposer mes couteaux et partir en pèlerinage à La Mecque. Je demanderai pardon à Dieu pour les péchés que je connais …et ceux que je ne connais pas. » 

 

 

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Nimse11« Nous sommes quelques unes à avoir déposé les couteaux. Au lieu de rester les bras croisés et de perdre un revenu pour nos familles, nous avons choisi de nous reconvertir dans la teinture indigo au sein d’une coopérative. »

 

 

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Lundi 19 août. Je suis réveillée par des chants de femmes et d’enfants. Une petite voisine vient d’être excisée. Elle est assise sur une natte à même le sol et y restera pendant plusieurs semaines. Sa tante, qui l’élève, m’explique « Moi je suis contre l’excision mais ses parents qui sont au village m’ont demandé de le faire. Si c’est le choix des parents, je ne peux rien faire. »

 

 

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Une jeune exciseuse revient d’un petit village, elle y a excisé un groupe de 50 fillettes en échange de quelques billets, de l’or, des noix cola et des cadeaux. De sa besace, elle extrait des lames chirurgicales achetées sur le marché. “Arrêter le métier ? Oui, si je fais un autre commerce qui me permet de vivre…

 

 

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Un groupe d’exciseuses prend l’engagement d’arrêter le métier et de « déposer les couteaux » qui leur servaient d’instruments. Cette cérémonie est un moment rare en Guinée. La fête est orchestrée par des chants, des danses, des gestes symbolique et des simulacres.

 

 

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Il est possible de traverser un village ou une cour sans voir les signes discrets de l’excision. Lorsque l’on y prête attention, les symboles sont en réalité omniprésents et révèlent l’ampleur du fléau. On remarque alors la ceinture rouge et blanche que les filles portent autour de leur pagne, le fin collier autour de leur cou, signe que le rite de passage a été pratiqué.

 

 

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Pendant les vacances scolaires, les petites filles sont enlevées par les membres de la grande famille et regroupées dans un village pour y être mutilées ensemble. Elles séjournent chez une “marraine” pendant plusieurs semaines, le temps nécessaire à la cicatrisation et à la collecte en vue de préparer la grande fête au village.

 

 

web-Nimse_9Avant l’interdiction de l’excision, on coupait beaucoup chez la femme. La cicatrisation était très difficile et provoquait beaucoup de dégâts lors des accouchements. J’ai vu des horreurs. On coupe un peu moins maintenant mais les accouchements restent encore très risqués. Il y a encore beaucoup trop de complications.” Une accoucheuse à domicile.

 

 

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« Quand j’entends dire que la tradition est plus importante et qu’une femme non excisée est vulgaire, moi je réponds que tout ce qui est né avec nous est important. » Une sage-femme.

 

©Virginie Limbourg. Textes et photos. Reproductions, même partielles, interdites. L’auteure remercie sa famille et son entourage pour leur soutien et leurs encouragements, Frédéric Pauwels pour ses conseils, Femmes Africaines et toutes les femmes rencontrées.